Savoir lire la communauté

Pourquoi lire une communauté?

En tant qu'acteur d'une communauté ou comme accompagnateur externe, connaître et savoir lire une communauté permet entre autres d'éviter une série de pièges tels que :

  • Réunir des personnes qui n'ont pas de réel intérêt dans le changement visé;
  • Dédoubler des efforts ou des regroupements existants;
  • Oublier des acteurs significatifs;
  • Créer de nouveaux silos;
  • Soutenir des efforts de mobilisation dans un champ donné alors que la communauté est mobilisée par d'autres préoccupations;
  • Sous-estimer le pouvoir d'agir de certains acteurs de la communauté;
  • Sans le savoir, perdre sa « neutralité » et être pris à partie dans une dynamique locale existante;
  • Être associé à une structure ou à un réseau ne pouvant être un réel porteur du changement visé.

Comme nous l'avons mentionné, une communauté peut réunir une grande diversité d'intérêts et d'intentions. De nombreux sous-groupes en interaction la composent. Savoir lire la communauté et ses dynamiques permet de positionner les efforts de mobilisation en considérant son contexte d'influence.

Quand lire une communauté?

Savoir lire une communauté est une compétence utile à différents moments d'un cycle de développement.

Déclenchement Pour savoir qui inviter et préciser comment formuler (mettre en contexte) l'invitation initiale.
État de situation L’élaboration d’une carte sociale peut faire partie intégrante d'un état de situation initiale (portrait ou profil).
Diagnostic La carte sociale permet diverses analyses contribuant au diagnostic comme le nombre de lieux réunissant divers acteurs et leur pouvoir d'agir, la présence d'acteurs par capitaux, les liens entre eux, les acteurs non-reliés, etc.
Vision commune Pour préciser qui doit y participer et s'assurer que des personnes couvrant l'ensemble de la carte sociale en sont parties prenantes.
Planification stratégique Idem et pour identifier les acteurs absents à la planification stratégique qui pourraient être mis à contribution selon leur intérêt et leur expertise.
Planification opérationnelle Pour optimiser les lieux de convergence (ou en développer de nouveaux) en fonction des actions collectives et pour choisir un mode de gouvernance.
Réalisation des actions Pour préciser les liens de communication et les suivis.
Évaluation Pour cibler les participants et les lieux pouvant être affectés par les efforts collectifs de changement. Pour prendre acte de l’évolution de la composition de la communauté, en rapport avec les actions menées.

La carte sociale, une clé de lecture de la communauté

Parmi les outils possibles, nous proposons ici la carte sociale qui permet de créer une image de l'ensemble des acteurs (organisations, regroupements, réseaux, groupes sociaux et même des individus significatifs) et qui pourra être analysée sous différents angles. Il n'y a pas de bonne ou de mauvaise façon de faire une carte sociale. Elle pourra évoluer et accompagner une communauté pour l'ensemble de son développement. Pour en tirer parti, il est fondamental de créer un diagramme dans un format pouvant être analysé collectivement.

L’élaboration d’une carte sociale nous apparaît être une démarche qui contribue à construire un pouvoir d’agir collectif, permettant notamment à un ensemble d’acteurs (incluant des nouveaux venus) une mise à niveau des savoirs sur la dynamique communautaire.

Quoi inclure dans une carte sociale?

Une carte sociale inclura:

  • Les différents acteurs (organismes, groupes et individus) pouvant être représentés par des symboles, des points ou petits cercles;
  • Les regroupements et les réseaux par des lignes en traçant une frontière qui encercle les organismes qui en font partie.

On peut aussi ajouter:

  • Des lignes pour représenter différents aspects importants (par exemple: liens de communication, liens indiquant des partenariats existants);
  • L'utilisation de couleurs différentes aide à lire le diagramme, particulièrement lorsqu'il commence à contenir beaucoup d'information.

Les étapes pour construire une carte sociale

  1. Définir l'enjeu de développement qui vous intéresse. Une carte sociale peut s'organiser autour d'une thématique large comme le développement durable ou pour une thématique ciblée comme les problèmes de gang de rue. Elle peut également demeurer générale et être composée de l'ensemble des acteurs d'un territoire.

Un point technique : idéalement, on cherche à avoir un seul diagramme qui regroupe les acteurs en présence. Parfois, le nombre d'acteurs est si élevé dans une communauté qu'il faut faire une très grande carte. Comme nous cherchons à mobiliser des acteurs et à créer de nouveaux liens, il peut être problématique de segmenter la carte à partir des « silos » existants (ex. une carte pour les acteurs famille, une autre pour les acteurs économiques, etc.).

Indiquer en haut de la carte, l'enjeu de développement et la communauté représentée. Tracer un grand cercle prenant presque tout l'espace : c'est ce cercle qui inclura les acteurs de la communauté.

Option : Identifier les acteurs externes en interaction avec la communauté en lien avec l’enjeu de développement qui vous intéresse (acteurs régionaux ou nationaux, bailleurs de fonds, ministères, etc.). Comme la dynamique de la communauté est affectée par ce qui se passe à l'extérieur de ses frontières, la présence de ces acteurs peut aider à comprendre ce qui se passe à l'intérieur de la communauté.

  1. Inscrire les acteurs de la communauté (organismes, entreprises, individus, groupes sociaux, etc.) potentiellement concernés. Afin de s'assurer de ne pas oublier d'acteur, on peut organiser la carte en se référant aux acteurs influents associés aux différents capitaux (social, économique, etc.).
  2. Tracer des lignes entre les acteurs pour indiquer leurs espaces de convergence (tables de concertation, réseaux, événements rassembleurs annuels, partages de locaux, etc.).

Autres options possibles

  1. Ajouter d’autres lignes pour indiquer d’autres types de liens (ex. communication, partenariats établis, etc.).
  2. Identifier les différentes fragmentations significatives présentes entre ces acteurs :
    • sphères (public, privé, communautaire, à but non lucratif, économie sociale)
    • types d’intervention (services, promotion défense de droits, coordination et information, collaboration multisectorielle)
    • niveaux d’opération (informel, organisation de quartier, organisme desservant une ville, à vocation régionale ou plus)
    • secteurs d’activités (enfance-famille, jeunesse, santé mentale, femme, etc.)
    • valeurs et principes d’intervention (proximité et participation aux instances de l’État, empowerment, action politique, revendicatrice, etc.)

Analyser la carte sociale : quelques questions

  • Quel pouvoir d'agir ont actuellement les espaces de convergence existants? Suggestion: utiliser les questions pour cerner les dimensions de l’empowerment communautaire
  • Quel est leur potentiel comme dispositif de mobilisation?
  • Quels acteurs peuvent être mobilisés à court, moyen et long terme?

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