La direction du changement
Que ce soit au niveau international, national, régional ou local, quel acteur sur la scène du développement social ou durable n’est pas aujourd’hui engagé dans une démarche de changement? On pense par exemple à la réduction de l’obésité, au développement d’environnements favorables aux saines habitudes de vie, à la lutte contre la pauvreté, au changement des habitudes de consommation ou à la réduction des comportements néfastes. À la volonté respective de chaque acteur à voir se dessiner divers changements sont associées des ressources et une légitimité leur conférant une influence certaine. Devant cette multiplicité d’acteurs qui veulent voir des changements dans les communautés, on peut alors se demander : Qui décide quoi pour qui? Qui détermine les changements à concrétiser pour une communauté? Tous veulent bien sûr avoir de l’influence et un des défis semble d’arriver à contribuer aux changements souhaités, tout en respectant certains équilibres.
Éroder le pouvoir d’agir des communautés?
Au sein d’une communauté locale, des acteurs peuvent choisir de s’associer et de s’aligner à différentes volontés régionales (ou nationales), résultant en une série d’efforts pas nécessairement coordonnés, pouvant alors générer une forme de compétition entre les ressources locales. Ce qui nous semble crucial de la part des instances régionales (ou nationales), c’est de ne pas éroder le pouvoir d’agir de communautés locales, c’est-à-dire de ne pas se substituer à elles dans leur rôle d’auteure et d’acteure de leur propre développement. D’un point de vue idéologique, ceci ne constitue habituellement pas un problème. On reconnaît normalement la communauté comme une instance légitime. C’est sur le plan opérationnel que les défis semblent davantage se manifester. Les exigences des programmes ou initiatives, les cycles de gestion et les attentes de résultats par exemple ne sont pas toujours compatibles avec le cycle de développement d’une communauté et son contexte particulier.
Deux situations possibles
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Il peut y avoir des différences entre les priorités locales et les priorités régionales ou nationales. Par exemple, une communauté n’articule peut-être pas ses espoirs de changement pour la jeunesse de la même façon qu’un acteur de soutien ou un bailleur de fonds. Parfois les différences vont bien au-delà de la simple articulation des énoncés.
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Une communauté n’a peut-être pas encore défini elle-même ses visées propres. Dans un contexte de manque de ressources, il est courant de voir des propositions de projet formulées par des acteurs de la communauté de façon à répondre aux attentes des bailleurs de fonds sans avoir fait l’objet d’une analyse de l’état de situation de la communauté et sans s’inscrire dans une démarche de développement avec des visées plus large.
Résultat probable : un utilitarisme mutuel
Les collaborations issues de ces deux types de situation peuvent se teinter d’un utilitarisme mutuel : les organismes utilisent les programmes et les modèles proposés par les bailleurs de fonds pour financer « par la bande » la mise en place de services afin de répondre à des besoins locaux; les bailleurs de fonds utilisent les communautés dans l’atteinte de leurs propres objectifs de changement. Ce type de collaboration nous semble peu viable à moyen et à long terme. Notre expérience nous porte à croire que des ratés se produisent assez rapidement, car des différences d’objectifs sous-jacentes font surface et fragilisent les collaborations.
La question du pouvoir d’agir des communautés face à leurs bailleurs de fonds
Établir un rapport de collaboration fructueux entre les communautés et bailleurs de fonds et où l’atteinte d’objectifs réciproques est possible nous semble rempli de défis. Amorcer une collaboration sur une base transparente, construire un lien de confiance et savoir négocier pour veiller à atteindre des résultats mutuellement satisfaisants requiert des conditions, des compétences et des moyens que nous tentons de mettre à jour sur ce site.
Pour que la communauté puisse déterminer ses besoins et ses intentions propres, elle doit notamment être en mesure de mettre toutes ses ressources à contribution, pouvant ainsi faire face aux défis et aux inévitables écueils qui parsèmeront son parcours. Elle doit également pouvoir utiliser un certain nombre de compétences afin d’arriver à préciser son projet commun, à se constituer en acteur collectif en mesure d’agir sur son milieu et à négocier avec son environnement. C’est dans cette perspective que nous abordons la mobilisation des communautés locales. Le développement du pouvoir d’agir des communautés requiert des conditions à coconstruire leur permettant de demeurer auteures et acteurs de leur développement.
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