Le pouvoir d'agir (empowerment)
Qu’est-ce que le pouvoir d’agir?
Le pouvoir d’agir (empowerment) désigne à la fois :
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un processus par lequel les individus, les groupes, les organisations et les communautés acquièrent la capacité d’exercer un pouvoir;
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un état qui désigne la capacité d’exercer un pouvoir;
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une approche d’intervention sociale et communautaire visant à soutenir le développement de cette capacité.
Être en situation de pouvoir d’agir (état) sur une question qui nous préoccupe ou sur un enjeu qui est significatif à nos yeux, c’est posséder la capacité de :
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choisir librement (requiert la présence d’au moins une alternative);
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transformer son choix en une décision (requiert la capacité d’analyser et de s’engager);
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agir en fonction de sa décision (requiert souvent des ressources et d’être prêt à assumer les conséquences de l’action).
Avoir une emprise requiert, chez l’individu, le groupe, l’organisation ou la communauté concerné, une capacité d’agir concrètement et de façon autonome.Or, le mot anglais empowerment est justement utilisé pour désigner cette finalité, ainsi que le processus pour l’atteindre. En français, le terme développement du pouvoir d’agir identifie donc ce processus.
Le processus est il le même selon les différents acteurs?
Il semble que le processus soit sensiblement le même qu’il s’agisse d’un individu, d’un groupe d’individus, d’une organisation ou d’une structure locale de mobilisation (une table, un comité de développement, etc.). En fait, le processus de développement du pouvoir d’agir permet le passage d’un état d’impuissance à agir sur ce qui est important pour soi (ou pour le groupe) à un état de pouvoir d’agir.
L’évolution des trois composantes de façon simultanée (les unes nourrissant les autres), autour du vecteur central que constitue la participation, permettrait que le pouvoir d’agir se développe. Ces composantes sont :
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l’estime de soi (ou la reconnaissance dans le cas d’une organisation), spécialement la reconnaissance de ses propres capacités,
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la conscience critique, soit la compréhension que les problèmes vécus par les individus, les groupes ou les organisations ont aussi des causes structurelles et qu’on peut agir sur celles-ci, ainsi que
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les compétences, c’est-à-dire les savoirs, savoir-faire et savoir-être dont l’acteur aura besoin pour participer certes, mais surtout pour être en mesure de choisir-décider-agir pour le changement.
Détail des composantes du processus de développement du pouvoir d’agir

Un exemple d’interaction des composantes
Chacune des composantes connaît une progression graduelle, l’une nourrissant le développement de l’autre. Prenons l’exemple d’un citoyen participant à une table de développement intégré de son milieu. Il se peut qu’au départ, cet individu se sente en situation d’impuissance à agir comme citoyen dans le développement de son quartier.
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En participant aux rencontres de planification du changement, l’individu est alors appelé à donner son avis et à partager ses connaissances.
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Si celles-ci sont valorisées par les autres, il y a de fortes chances que cela augmente sa confiance dans ses propres opinions et dans sa capacité à planifier le changement dans son milieu.
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De même, plus il participera aux échanges et aux débats, plus il développera des compétences liées au changement souhaité, plus il risquera d’agir et croira à la possibilité d’un changement (contraire du fatalisme).
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Plus il développera ses compétences, plus il pourra participer et plus il risquera d’agir dans son milieu.
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Plus il comprendra comment les choses fonctionnent dans son milieu (les rouages du pouvoir, les ressources, les mécanismes, etc.), plus il comprendra que les problèmes ne sont pas tous individuels, ni dans leurs causes ni dans leurs solutions…
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…et plus il pourra agir sur les conditions nécessaires au changement et effectivement contribuer concrètement au changement souhaité. Il développera ainsi son pouvoir d’agir.
Dans quelles conditions peut se développer ce processus?
Bien que chaque processus se manifeste concrètement de façon distincte selon les acteurs et selon les contextes, il ne se produit pas de façon isolée. Puisque le pouvoir se développe dans l’interaction avec d’autres (nul n’est en situation de pouvoir seul sur une île déserte!), on peut se demander dans quelles conditions particulières le processus de développement du pouvoir d’agir semble se développer le mieux. Notamment, un lien assez étroit semble exister entre le processus que nous avons décrit et ce que nous nommons l’empowerment communautaire, c’est-à-dire les caractéristiques d’un milieu favorisant le développement du pouvoir d’agir de ses membres. Il peut s’agir par exemple des caractéristiques d’une cuisine collective, d’un organisme communautaire, d’une instance locale de mobilisation ou d’une communauté dans son ensemble. En fait, tous ces groupes peuvent être considérés comme des « communautés fonctionnelles » pour leurs membres, d’où l’appellation empowerment communautaire.
Les composantes de l’empowerment communautaire
Chaque composante repose sur plusieurs éléments critiques dont la présence et la qualité soutiendra le développement du pouvoir d’agir des acteurs. Nous présentons ici ses composantes en prenant pour exemple une communauté locale.
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La participation qui comprend des lieux permettant à tous les membres de la communauté de participer à sa vie et aux systèmes et intégrant, dans les espaces décisionnels, des individus non perçus comme leaders naturels tout en assurant l’équité dans la redistribution du pouvoir;
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Les compétences, dimension qui renvoie à la connaissance et à la reconnaissance des forces du milieu ou des membres, selon le cas, à une imputabilité qui favorise la compétence des individus et de la communauté, à la capacité de mailler les ressources locales, de les voir coopérer et de tirer profit des synergies qui en découlent, aux habiletés consensuelles et décisionnelles, à la gestion du changement et des transitions, à l’autogestion de son développement et au renforcement des réseaux naturels, communautaires et professionnels de soutien aux individus;
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La communication qui contribue à construire le climat de confiance indispensable à la libre expression, c’est-à-dire à l’exercice d’un droit de parole, et qui se traduit par l’interaction positive, l’expression de points de vue divergents ancrée dans la confiance, la circulation large, libre et efficace de l’information générale, l’accès à l’information requise pour réussir des projets spécifiques et la transparence dans les processus décisionnels;
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Le capital communautaire, c’est-à-dire la réserve de sentiment d’appartenance — à la fois à la communauté et à l’environnement — et de conscience de la citoyenneté possédée par chacun de ses membres qui assure l’entraide sur le plan individuel et qui permet l’action sur des questions sociétales plus larges. Il existe chez les individus, en fait, un lien symbiotique entre le développement d’une conscience critique et le développement du sens de la citoyenneté, car c’est le sens de la citoyenneté qui permet à chacun de ses membres de participer de plein droit à tout ce que sa communauté peut lui offrir.
Comment ces composantes agissent-elles sur le processus?
Par exemple, s’il faut que les acteurs soient en mesure de participer (vecteur) pour développer leur pouvoir d’agir, des lieux ouverts et accessibles à cette participation doivent exister. D’autre part, s’il leur est essentiel de développer leur conscience critique pour pouvoir agir, cela ne pourra pas se faire dans des lieux où l’information ne circule pas librement par exemple. Chacune des composantes du processus de développement du pouvoir d’agir individuel ou collectif (groupe, organisation, etc.) se développe ainsi à l’aide de certaines caractéristiques dans le milieu.
D’un autre côté, qui d’autres que des acteurs en situation de pouvoir d’agir peuvent contribuer à créer ces conditions favorables? Il y a donc une influence mutuelle et une interaction réciproque entre l’empowerment individuel (ou collectif) et l’empowerment communautaire dans un processus circulaire qui, on peut se l’imaginer, semble sans fin.
Pour bien comprendre cette interinfluence, on pourrait comparer le processus de développement du pouvoir d’agir à une fleur et l’empowerment communautaire au terreau dans laquelle elle pourra pousser. Plus le terreau sera riche, plus les fleurs pourront se développer; plus elles se développeront, plus elles contribueront à enrichir le terreau (processus circulaire).
Empowerment communautaire et empowerment de la communauté : du pareil au même?
Il semble qu’une communauté locale dans son ensemble ne puisse pas nécessairement vivre un processus de développement du pouvoir d’agir comme le ferait un organisme ou même un groupe informel. Par sa composition et sa nature, par ses fragmentations possibles et par sa complexité, il n’est pas clair que la communauté locale puisse en elle-même vivre un tel processus. On ne peut pas en effet affirmer que la communauté en tant qu’entité claire puisse agir concrètement sur une situation pour produire un changement. Ce sont plutôt ses membres qui agissent de la sorte et probablement jamais complètement au nom de tous et toutes.
Ainsi, ce serait plutôt par la présence des composantes de l’empowerment communautaire permettant le pouvoir d’agir des acteurs qui la compose que la communauté locale trouverait son propre pouvoir d’agir. Ce serait dans sa capacité à être un système où les membres peuvent développer et maintenir leur pouvoir d’agir que la communauté prouverait sa propre compétence (le mot compétent au singulier dépassant le développement de compétences au pluriel et étant en quelque sorte un synonyme de pouvoir d’agir).
L’empowerment communautaire constituerait ainsi une progression complexe menant de l’acquiescement passif des membres d’une communauté à leur engagement critique les uns par rapport aux autres. Comparé à la définition d’un groupe, on pourrait dire que l’empowerment communautaire tente de transformer la communauté en groupe d’entraide élargi.
Qu’est-ce qu’une communauté compétente?
Une communauté compétente, c’est un lieu où les différents systèmes arrivent à répondre aux besoins des individus et où les individus arrivent à utiliser les systèmes de façon efficace. Les systèmes d’une communauté sont constitués de dispositifs formels, qui sont, en fait, les outils qu’elle utilise pour mettre en œuvre sa compétence et réaliser sa mission. Ces dispositifs prennent très souvent la forme d’organisations. Or, lorsque les organisations correspondent à des lieux de travail, de services, de revendication ou même de loisirs, elles deviennent des communautés dites « fonctionnelles », car les personnes qui s’y trouvent partagent une fonction et un intérêt communs.
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