Le changement

La mobilisation d’une communauté locale est indissociable de la notion de changement. Si on se mobilise, c’est pour produire un changement. Cependant, tout changement ne requiert pas nécessairement la mobilisation d’une communauté. Le point de départ du choix de la stratégie de changement (mobilisation des communautés ou autre) dépend de la nature du changement souhaité et d’un autre élément crucial, à savoir quels sont les acteurs qui doivent être mis à contribution pour qu’il se produise.

Quelle est la nature du changement?

La stratégie que l’on choisit pour concrétiser un changement doit être adaptée à la nature du changement que l’on souhaite. Modifier l’organisation des services à la jeunesse au sein d’une communauté est très différent de l’objectif de changer les attitudes et les comportements face à la jeunesse chez les citoyens ou les décideurs de cette même communauté. Certains changements sont ainsi plus complexes que d’autres. Parfois, un changement représente une multitude de changements combinés sous un même chapeau. Une fois que les différents changements que nous espérons produire sont plus explicites, la question concrète du « comment » peut être abordée.

Un exemple de changement incluant de multiples composantes

À titre d’exemple, actualiser une vision durable du développement dans une communauté peut être décliné en différentes composantes de changement : attitudes et comportements, organisation des services de récupération et de recyclage, habitudes de consommation, règlements municipaux, pratiques industrielles et commerciales, politique de soutien pour fournir des ressources lors de transitions, création de nouvelles instances pour permettre à des acteurs qui ne sont pas en lien de pouvoir travailler ensemble, etc. À ces différents changements s’ajoutent également des actions à portée régionale ou nationale pour agir sur des facteurs influents qui se trouvent à l’extérieur de la communauté. Des changements d’une telle complexité nous interpellent sur de nouvelles perspectives pour planifier le développement et sur le partage de nos efforts pour apprendre collectivement.

Quand l‘organisation en place ne suffit plus à produire le changement nécessaire

Certains changements peuvent être menés à l’intérieur de structures existantes en utilisant les processus décisionnels déjà en place et en s’appuyant sur les personnes (ou instances) en position d’autorité. D’autres changements sont tellement complexes et requièrent une base d’appui si forte qu’il faut mobiliser bien au-delà des frontières organisationnelles. On parle alors de cocréer collectivement un processus de développement qui inclut les organisations et les instances existantes, mais qui va au-delà de celles-ci. Entre autres, le rôle des citoyennes et citoyens peut être fondamental voire essentiel pour actualiser les changements que les organisations ne peuvent produire seules (parce qu’elles n’en ont pas le mandat, l’autorité, la légitimité, les ressources ou la volonté).

Une mobilisation de la communauté pour un changement plus durable

Lorsque l’on parle de planification du développement social ou du développement durable, d’adoption de nouvelles habitudes de vie ou d’autres changements profonds pour les individus, les familles, les entreprises ou les multiples organisations d’une communauté, il faut reconnaître qu’une démarche de changement s’appuyant sur une mobilisation de la communauté a des chances d’être plus efficace et que les changements produits soient plus durables. Les changements imposés de l’extérieur ou ceux qui ne sont pas souhaités ni adaptés par les communautés locales soulèvent notamment des résistances et des remises en question sur le plan de leur légitimité. Les effets des fusions municipales au Québec peuvent servir d’illustration de ce type de conséquences. Non seulement l’accord mais aussi l’appropriation des changements souhaités constituent des dimensions importantes.

Qui participe à la planification et à la réalisation du changement?

Le choix de la stratégie de la mobilisation dépend également des acteurs qui doivent être impliqués pour concrétiser un changement. Une fois qu’on a précisé la nature du changement à réaliser et sa complexité, on peut alors se demander : Qui doit être impliqué dans la planification du changement et dans sa réalisation et pourquoi? Ces quelques questions d’orientation peuvent contribuer à y répondre :

  • Quelles sont les personnes qui seront directement affectées par le changement?
  • Quelles sont les personnes en position d’autorité sur les différents aspects interpellées par le changement?
  • Quelles sont les personnes ayant le pouvoir d’agir (effectif ou potentiel) pour concrétiser le changement?
  • Quelles sont les personnes ayant ou pouvant donner accès à des ressources pour produire le changement?
  • Quelles sont les personnes possédant des informations que personne d’autre ne possède?

(Source : Questions adaptées de Weisbord et Janof (2007), Don’t Just Do something, Stand There!, p. 17.)

La réponse à ces questions aidera à déterminer si une mobilisation de la communauté est nécessaire ou non. D’autres questions se poseront ensuite, notamment celles-ci : Qui peut être réalistement mobilisé à court ou à moyen terme? Quels sont les efforts requis pour les amener à se mobiliser?

Le défi du changement

Les notions de transformation, de stratégie ou de gestion de changement semblent avoir évolué dans la conscience collective au cours des dernières décennies. Les grandes aspirations des années 60 et 70 en termes d’équité et de justice sociale et les efforts plus récents pour changer nos rapports avec notre environnement ont été des situations riches en apprentissages sur le changement. Un retour sur ces expériences permet de mieux saisir la grande complexité des processus de changement et de développer (pour ceux qui n’ont pas choisi le cynisme!) l’humilité requise pour équilibrer idéalisme et stratégie.

Un des défis qui caractérise notre époque (depuis les années 50 et 60) est l’augmentation continue du rythme des changements (positifs ou négatifs selon la perspective) dans le monde, et avec lesquels nous devons composer. Il est évidemment beaucoup plus facile de planifier des changements dans des contextes de stabilité que de grande turbulence. Planifier la réalisation de changements requiert des pratiques nouvelles qui tiennent compte de cette évolution. La mobilisation des communautés locales telles que nous tentons collectivement de la définir s’inscrit dans cette exploration de nouvelles façons d’amener des changements dans nos communautés, changements correspondants à nos aspirations collectives.

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