Concrétiser le changement : le cycle de développement
Concrétiser le changement : le cycle de développement
Bien que la mobilisation soit souvent considérée comme une simple étape préalable à l’action collective, elle renvoie au contraire pour nous à un processus complexe pour assurer l’amélioration ou la transformation souhaitée comprenant une série d’étapes interreliées. La mobilisation des communautés locales constitue ainsi un processus débutant par la prise de conscience d’une situation à améliorer ou d’un problème à résoudre allant jusqu’à l’évaluation des projets mis en œuvre. En effet, l’acteur collectif et le projet commun ne sont pas des préalables en tant que tels, ils se créent à travers un cycle de développement.
Amorcer un projet ne nécessite pas nécessairement une structure organisationnelle formelle constituée de collèges représentant divers intérêts et balisés par des règles de fonctionnement adoptées par une assemblée. Pour amorcer un changement, il faut d’abord un groupe de personnes prêtes à partager sur une situation qui les préoccupe et qui souhaitent trouver une façon d'agir ensemble pour avoir un effet sur cette situation. La structure pourra être définie au fur et à mesure du développement de la mobilisation, une fois que le travail à réaliser se précisera. Un acteur collectif est plus qu'une simple structure. Pour le constituer et pour le garder vivant et opérationnel (et ainsi lui permettre d'évoluer), certaines compétences semblent particulièrement utiles.
Le cycle du développement dans une perspective de mobilisation

Un cycle de développement dans une communauté locale peut démarrer de multiples façons. Une crise majeure dans la communauté, une nouvelle opportunité de financement, une offre de la part d’une organisation externe, un changement dans une politique, la rencontre d’acteurs dans un événement public, un leader percevant une occasion, etc., représentent toutes des situations qui peuvent amener un tel déclenchement. Celui-ci influencera par ailleurs la façon dont le cycle se déroulera.
Cette première étape du cycle constitue une cueillette d’informations de différentes natures (qualitatives et quantitatives, sur les enjeux, sur le potentiel de mobilisation, etc.) permettant d’établir un diagnostic. En ce sens, elle est tributaire de l’analyse qui en sera faite et doit donc être planifiée en conséquence.
Le diagnostic permet de décrire la situation actuelle, de cerner les problématiques existantes, d’identifier les acteurs et les ressources potentielles, d’identifier les enjeux de développement (en lien ou non avec une thématique particulière) et de donner une direction pour la suite du cycle développement. Il donne également des indications quant au potentiel de mobilisation dans la communauté.
La vision commune est comprise comme une description attirante et inspirante d’un état de fait souhaité dans le futur par une communauté. Il s’agit toutefois d’une description suffisamment précise pour que l’on puisse « entrevoir et dégager » ce qui s’y passe de différent par rapport à la situation actuelle. Une vision peut inclure une description du futur incluant les activités pratiquées, les fonctions occupées et les nouvelles caractéristiques d’une communauté et possiblement, celles de son environnement.
Elle consiste dans la création d’une stratégie de développement découlant de la vision commune, à savoir les grandes étapes qui seront nécessaires à la réalisation du changement espéré, considérant la réalité actuelle (ressources disponibles, temps, tendances actuelles, etc.). Une planification stratégique implique un plan d’action global permettant de définir, distinguer et harmoniser les différents efforts requis pour concrétiser la vision, incluant l’identification des acteurs (personnes et organisations) qui seront mis à contribution. À cette étape, on peut amorcer l’identification des grandes cibles sur lesquelles l’évaluation, qui aura lieu plus loin dans le cycle, pourra se pencher.
La planification opérationnelle s’élabore à partir des composantes spécifiques de la planification stratégique. Les différentes actions identifiées dans la stratégie sont opérationnalisées en précisant leurs objectifs spécifiques, moyens et activités, ressources requises, les échéanciers, indicateurs, etc. Bien que la planification opérationnelle implique un partage du travail et l’attribution de mandats plus spécifiques, un mécanisme de suivi permettant aux différents acteurs de garder une vision d’ensemble et une coordination des efforts nous apparait essentiel.
La réalisation des actions équivaut à la concrétisation de ce que nous appelons le projet commun. Cette étape consiste à planifier, organiser et coordonner la réalisation d’un projet en vue d’atteindre les objectifs poursuivis tout en respectant les coûts et les délais planifiés. La gestion du projet implique la mobilisation des ressources nécessaires (financières, matérielles, humaines) et la réalisation des tâches nécessaires à l’atteinte des objectifs. Dans le cas de projets impliquant des interventions plus étalées dans le temps, on précise les modalités d’intervention et on assure leur suivi.
La démarche d’évaluation doit guider notre intervention à tout moment du cycle de développement. Celle-ci devrait idéalement concerner tant les résultats des actions sur la population et les problèmes à résoudre (évaluation du changement obtenu en quelque sorte, des effets de l’action) que le processus de mobilisation lui-même, à savoir ses effets sur le dispositif local mis en place mais aussi sur l’ensemble de la communauté.
Un cycle de développement comme les autres?
La particularité de ce cycle de développement est qu’il se situe dans une perspective de mobilisation et de développement des communautés. Il propose de maintenir une tension constante entre deux préoccupations : 1) à l’égard des étapes du cycle de développement afin de s’assurer que les actions mises en œuvre contribuent concrètement aux changements souhaités (résultats); et 2) à l’égard de la mobilisation pour s’assurer que la communauté développe son pouvoir d’agir face à son développement (processus).
Une tension continue entre le processus et les résultats

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